Dans un entretien exclusif, l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, expose une vision ambitieuse pour les relations bilatérales entre Dakar et Paris. Centrée sur le respect mutuel et la souveraineté sénégalaise, cette approche vise à consolider un partenariat stratégique, même dans un contexte politique en mutation.
Un dialogue fondé sur l’indépendance et le respect des intérêts communs
Christine Fages insiste sur un principe fondamental : « Plus le Sénégal affirme sa souveraineté, plus les échanges avec la France gagnent en solidité ». Selon elle, la coopération entre les deux nations ne doit pas être perçue comme un frein, mais comme un levier pour des discussions plus équilibrées. Elle rappelle que les mécanismes institutionnels existants permettent d’aborder les sujets sensibles sans entrer dans des périodes de tension prolongées.
L’ambassadrice souligne que la reconnaissance des intérêts stratégiques du Sénégal facilite un dialogue constructif. Elle insiste : « Plus un pays maîtrise ses priorités nationales, plus il négocie avec clarté et efficacité avec ses partenaires ».
Les visas, un dossier sous haute surveillance
La question des visas figure parmi les sujets les plus discutés. Christine Fages révèle que la France traite près de 53 000 demandes par an au Sénégal, soit près de la moitié des dossiers traités par l’ensemble des pays de l’Union européenne présents dans le pays. Elle met en garde contre les intermédiaires frauduleux qui promettent un accès accéléré aux rendez-vous, souvent contre rémunération.
Un message clair est adressé aux demandeurs : « Aucun rendez-vous n’est payant. Quiconque exige de l’argent pour en obtenir un est un escroc ». Elle appelle à la vigilance face aux faux documents et aux réseaux de surfacturation, qui exploitent la précipitation des candidats.
Thiarioye 44 : la France assume son passé colonial
L’ambassadrice revient sur les événements de Thiarioye 44, un dossier historique qui marque les relations franco-sénégalaises. Elle confirme que le président français a reconnu la responsabilité de la France dans ce massacre et que des documents ont été transmis aux autorités sénégalaises. Paris s’engage désormais à soutenir les recherches pour éclaircir ces faits.
Christine Fages insiste sur la nécessité d’un travail commun : « La mémoire ne se construit pas seule. Elle demande une collaboration étroite entre nos deux pays ».
Restitution des biens culturels : un processus progressif
La diplomate évoque également le retour des biens culturels sénégalais conservés en France. Elle rappelle que le sabre d’El Hadj Oumar Foutiyou Tall a déjà été restitué en 2021. Le processus, complexe, implique une identification rigoureuse des objets concernés, ainsi qu’une vérification de leur provenance.
La France recense des milliers d’œuvres sénégalaises dans ses collections. L’objectif ? Déterminer quels objets pourraient faire l’objet d’une restitution dans les années à venir.
Macky Sall et l’ONU : Paris temporise
Interrogée sur une éventuelle candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU, Christine Fages tempère les attentes. Elle explique que la France n’a pas encore arrêté sa position et qu’elle attendra d’écouter l’ensemble des candidats avant de se prononcer. « Le processus en est encore à un stade préliminaire », précise-t-elle.
Coopération économique : le FMI au cœur des échanges
Sur le plan économique, l’ambassadrice réaffirme le soutien de la France au Sénégal dans ses négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). Elle souligne que les deux parties ont besoin l’une de l’autre et que les discussions en cours reflètent une volonté de poursuivre la collaboration, malgré les défis liés à la finalisation d’un nouveau programme.
Christine Fages conclut : « La France reste déterminée à accompagner le Sénégal dans ses relations avec les institutions financières internationales ».
Une ambassadrice ancrée dans la culture sénégalaise
Première femme française à représenter son pays au Sénégal, Christine Fages partage son attachement à la culture locale. Elle évoque avec émotion l’ataya, symbole de convivialité et de partage. « Ce rituel du thé incarne l’accueil chaleureux des Sénégalais et l’importance du temps accordé aux autres », confie-t-elle. Une philosophie qui, selon elle, résume l’essence de la société sénégalaise.



