Pourquoi la CAF a-t-elle invalidé la victoire du Sénégal en finale de la CAN 2025 ?
La Coupe d’Afrique des Nations 2025 a été marquée par une finale controversée opposant le Sénégal au Maroc, pays hôte. Malgré une victoire apparente du Sénégal dans les prolongations, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement statué en faveur du Maroc. Cette décision, qui a suscité de vives réactions, s’appuie sur des règlements stricts concernant le comportement des équipes en match. En effet, selon les articles 82 et 84 des Règlements de la CAN, une équipe qui quitte le terrain sans autorisation arbitrale est considérée comme forfait et perd le match sur tapis vert (3-0).
La finale, disputée dans un climat de tension extrême, a été ponctuée d’incidents majeurs. D’abord, un but sénégalais a été refusé à la 92ème minute pour une prétendue irrégularité. Ensuite, un pénalty a été accordé au Maroc à la 98ème minute, déclenchant une protestation immédiate des joueurs sénégalais. Ceux-ci ont quitté le terrain avant de revenir partiellement pour disputer les prolongations, où ils ont marqué le but de la victoire. Cependant, cette réaction a été jugée non conforme aux règles par la CAF, entraînant une sanction sans appel.
La Fédération royale marocaine de football a saisi le Jury disciplinaire de la CAF, qui a confirmé la sanction le 28 janvier 2026. Le Sénégal, insatisfait, a porté l’affaire devant le Jury d’Appel de la CAF, mais cette instance a maintenu sa décision le 17 mars 2026. Face à cette issue, les autorités sénégalaises ont décidé de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester cette décision.
Sur quels arguments juridiques le Sénégal compte-t-il s’appuyer pour contester la décision ?
Le recours introduit par le Sénégal devant le TAS repose sur plusieurs fondements juridiques solides. En premier lieu, il remet en cause l’interprétation extensive des articles 82 et 84 par le Jury d’Appel de la CAF. Le Sénégal argue que quitter le terrain en signe de protestation ne peut être assimilé à un abandon définitif, surtout lorsque les joueurs sont revenus pour achever le match. Cette qualification juridique est au cœur du litige, car elle conditionne l’application automatique de la sanction.
En second lieu, le recours sénégalais s’appuie sur les principes du droit sportif international, notamment ceux issus du Code disciplinaire de la FIFA et des Lois du Jeu. Le Sénégal pourrait invoquer que les décisions arbitrales doivent être définitives et que les instances disciplinaires (comme la CAF) ne peuvent pas réévaluer rétroactivement les actions d’un arbitre en temps réel. Selon cette logique, c’est à l’arbitre, et non au Jury d’Appel, d’apprécier la légitimité d’une interruption de match.
Enfin, le Sénégal pourrait souligner que la décision de la CAF porte atteinte à la sécurité juridique des compétitions sportives. En effet, une réinterprétation tardive des règles remet en cause la prévisibilité des sanctions et la confiance des équipes dans les instances dirigeantes. Le TAS, qui a déjà statué sur des affaires similaires (comme celle opposant la Fédération sud-africaine de football à la CAF en 2020), devra trancher entre une interprétation stricte des règlements ou une approche plus nuancée, tenant compte des circonstances exceptionnelles.
Quelles sont les prochaines étapes pour le Sénégal et la CAF ?
Le recours introduit par le Sénégal devant le TAS marque une nouvelle étape dans ce contentieux. Cependant, il est important de noter que, selon les Statuts de la CAF, un appel au TAS n’a pas d’effet suspensif. Cela signifie que la décision de la CAF reste exécutoire en attendant la décision finale du TAS. Le Sénégal a déjà demandé la suspension du délai pour déposer son mémoire d’appel, en attendant la notification de la décision motivée de la CAF. Ce délai pourrait être déterminant pour la recevabilité de la requête.
Sur le fond, le TAS dispose de plusieurs options pour trancher ce litige. Il pourrait :
- Annuler la décision de la CAF : si le TAS estime que l’interprétation des articles 82 et 84 est excessive ou que les principes de droit sportif ont été bafoués. Cette solution permettrait au Sénégal de récupérer son titre.
- Confirmer la décision de la CAF : si le TAS considère que les faits relèvent bien d’un forfait et que la sanction est proportionnelle. Dans ce cas, le titre resterait attribué au Maroc.
- Statuer en équité : si le TAS opte pour une solution intermédiaire, comme une réduction de la sanction ou une réattribution partielle des points.
Quelle que soit l’issue, cette affaire soulève des questions plus larges sur la fiabilité des instances sportives africaines et la nécessité de clarifier les règles pour éviter de futures controverses. Les prochaines semaines seront déterminantes pour le football sénégalais et pour l’image de la CAF sur la scène internationale.



