Le Cameroun, comme plusieurs nations africaines, fait face à un paradoxe économique frappant : une accumulation de fonds issus de prêts internationaux qui ne trouvent pas leur utilité dans des projets concrets. Ces milliards dormants, contractés auprès d’institutions comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, soulèvent des questions sur la gestion des finances publiques et l’efficacité des dépenses publiques.
Des prêts sous-exploités : un frein au développement
Les prêts au développement, souvent présentés comme des leviers de croissance, peinent à se matérialiser en infrastructures durables ou en services publics essentiels. À Douala, par exemple, les retards dans l’exécution des projets financés par ces fonds sont patents. Les fonds alloués pour moderniser le port ou renforcer les réseaux routiers restent partiellement mobilisés, faute de planification rigoureuse ou de coordination entre les acteurs locaux et les bailleurs de fonds.
Cette situation n’est pas isolée. Dans tout le pays, des projets d’envergure — comme ceux liés à l’eau potable, à l’énergie ou à l’éducation — accusent des retards persistants. Les raisons sont multiples : bureaucratie excessive, manque de transparence dans l’attribution des marchés, ou encore des réformes administratives inabouties. Pourtant, ces fonds pourraient transformer des secteurs entiers de l’économie camerounaise.
Les conséquences d’une gestion inefficace
L’immobilisation de ces fonds a des répercussions directes sur la population. Les infrastructures sanitaires, par exemple, restent insuffisantes face aux besoins croissants. Les hôpitaux manquent de matériel, les écoles voient leurs effectifs exploser sans amélioration des locaux, et les routes, artères vitales de l’économie, se dégradent faute d’entretien régulier.
De plus, cette sous-utilisation des ressources financières expose le Cameroun à des critiques de la part des institutions internationales. Les bailleurs de fonds, de plus en plus exigeants, pourraient conditionner leurs engagements futurs à des réformes structurelles. Sans une amélioration tangible, le pays risque de perdre des opportunités cruciales pour son développement.
Vers une utilisation optimale des fonds publics
Pour inverser cette tendance, plusieurs pistes sont envisageables. D’abord, renforcer la transparence dans la gestion des budgets alloués. Des audits indépendants et réguliers permettraient d’identifier les blocages et de corriger les dysfonctionnements. Ensuite, simplifier les procédures administratives pour accélérer la mise en œuvre des projets. Enfin, impliquer davantage les collectivités locales dans la planification des investissements afin de mieux répondre aux besoins du terrain.
Le Cameroun dispose d’un potentiel économique immense, mais son décollage dépendra de sa capacité à mobiliser efficacement les ressources disponibles. Les milliards dormants ne doivent plus rester lettre morte : ils doivent devenir le moteur d’une croissance inclusive et durable.



