Actualités

Cameroun : la suspension de Vision 4 dans l’affaire Martinez Zogo menace-t-elle l’équilibre entre justice et liberté de la presse ?

Une sanction qui relance le débat sur le rôle des médias dans une affaire sensible

Le Conseil national de la communication (CNC) du Cameroun a suspendu mardi pour un mois la chaîne de télévision Vision 4, propriété de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, lui-même poursuivi dans l’affaire du meurtre du journaliste Martinez Zogo. Le régulateur reproche à la chaîne plusieurs infractions dans sa couverture du procès en cours. Cette décision, qui intervient dans un contexte judiciaire tendu, soulève une question de fond : jusqu’où peut-on encadrer les médias sans porter atteinte à la liberté de la presse ?

Écoutez cet article≈ 3 min

Vision 4 privée d’antenne pendant un mois

La chaîne s’est vu interdire « toute diffusion de programmes audiovisuels » pendant un mois, a annoncé le CNC. Le régulateur reproche notamment à ses responsables d’avoir remis en cause son autorité et de ne pas avoir répondu à une convocation. Vision 4 avait déjà été sanctionnée en juin, tout comme le journaliste Martial Thaddée Owona et son directeur Philippe Boni Menyene, après la diffusion d’un reportage contenant, selon le CNC, des déclarations portant atteinte à la dignité d’une avocate des parties civiles. Le régulateur affirme que cette sanction avait été « guère appliquée » et reproche à la chaîne d’avoir depuis diffusé de nouveaux contenus mettant en cause cette avocate.

Le groupe d’Amougou Belinga également visé

Le CNC a parallèlement suspendu pour un mois Jean-Claude Fouda Abega, directeur de publication du quotidien L’Anecdote, autre média appartenant au groupe de Jean-Pierre Amougou Belinga. Le journal avait publié un article contenant, selon le régulateur, des propos « non fondés, injurieux, offensants » envers la même avocate.

Le procès Martinez Zogo se poursuit

Ces sanctions interviennent alors que le procès de Martinez Zogo se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. L’animateur de radio avait été enlevé le 17 janvier 2023 près d’un poste de gendarmerie de la capitale. Son corps, nu et mutilé, avait été retrouvé cinq jours plus tard. Jean-Pierre Amougou Belinga est poursuivi pour complicité de séquestration, torture et assassinat. Il comparaît notamment aux côtés de l’ancien directeur de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), Léopold Maxime Eko Eko, et du lieutenant-colonel Justin Danwe, accusé d’avoir dirigé le commando impliqué dans l’enlèvement du journaliste.

Suivre cette actualitéRetrouvez nos publications dans Feedly, Inoreader…
Mariam Sidibé
Analyste