Blocus de Bamako : Amnesty dénonce les restrictions imposées aux civils au Mali
Alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) impose un blocus autour de Bamako depuis près de trois semaines, les populations du centre et du nord du Mali subissent de plein fouet les conséquences de cette stratégie. Les axes routiers vitaux menant vers la capitale, déjà fragilisés par l’enclavement du pays, restent inaccessibles, plongeant les habitants dans une précarité accrue.
Dans un communiqué rendu public aujourd’hui, Amnesty International alerte sur le non-respect des droits fondamentaux des civils. L’ONG dénonce notamment les violations graves du droit à la libre circulation, un principe protégé par le droit international humanitaire. « Le blocus actuel de Bamako a des répercussions dramatiques sur la sécurité alimentaire, l’accès aux soins et la protection des populations. Ces restrictions exposent des milliers de familles à des risques inacceptables », souligne l’organisation.
Attaques ciblées contre des convois civils : une violation du droit humanitaire
Le Jnim est également pointé du doigt pour des attaques récentes contre des convois commerciaux, comme celle du 6 mai sur la route entre Bamako et Bougouni. Selon Amnesty International, un convoi transportant des denrées alimentaires (fruits, notamment) et appartenant à des entreprises civiles n’était ni escorté par l’armée ni chargé de matériel militaire. « Ces attaques illustrent une méconnaissance totale du droit international humanitaire. Les populations civiles paient le prix fort de ce conflit », rappelle l’ONG.
L’armée malienne intensifie ses opérations dans le nord
Face à cette escalade, les forces armées maliennes ont annoncé une intensification des frappes dans la région de Kidal, contrôlée depuis fin avril par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du Jnim. Les autorités militaires affirment avoir déjà mené plusieurs raids aériens sur la ville, tandis que les rebelles touareg revendiquent la capture de 200 militaires maliens lors d’affrontements début avril.
Sur place, les habitants de Kidal décrivent une situation de plus en plus tendue : coupures d’électricité quasi quotidiennes et communications téléphoniques intermittentes avec le reste du pays. « Plus personne ne sait vraiment à qui se fier. Les informations sont contradictoires, et la méfiance grandit », confie une résidente sous le couvert de l’anonymat.
La crise s’étend : prix en hausse et écoles fermées
À Gao, sous contrôle gouvernemental, la population subit elle aussi les conséquences de la crise. Les prix des denrées alimentaires flambent : le kilo d’oignon a doublé en quelques semaines. « Le pouvoir nous demande de faire confiance aux communiqués officiels, mais comment croire en une stabilité qui n’existe pas ? », s’interroge une habitante.
Dans le centre du Mali, les zones sous influence djihadiste s’étendent. La rive gauche du fleuve Niger (région de Ségou) et une partie de la région de Koulikoro sont désormais sous le contrôle de groupes armés. Plus de 2 300 écoles sont fermées dans le pays, principalement dans le nord et le centre, selon un rapport de janvier. Les djihadistes y imposent la zakat, un impôt religieux, et ferment les établissements scolaires, privant des milliers d’enfants d’éducation.
Dialogue ou confrontation : l’urgence d’une solution politique
Les experts s’accordent à dire que la crise actuelle, à la fois sécuritaire et humanitaire, ne pourra être résolue sans une approche politique inclusive. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le pouvoir malien doit ouvrir le dialogue avec toutes les composantes du pays. Refuser toute négociation avec le FLA et le Jnim, qualifiés de terroristes, ne fera qu’aggraver la situation. Une crise éternelle n’est bénéfique pour personne. »
Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialiste du Sahel, confirme cette analyse : « Les deux camps observent, se réorganisent et se réarment. Les populations, elles, subissent les exactions des uns et des autres. Le retour à la paix passe nécessairement par une table de négociations, même si cela semble improbable aujourd’hui. »
Pourtant, le gouvernement malien maintient sa position : aucune négociation avec les groupes armés. Ironiquement, des discussions secrètes avaient été menées pour assurer l’approvisionnement du pays en carburant, révélant une contradiction entre la rhétorique officielle et les réalités du terrain.
La situation au Mali reste donc à un point de bascule. Entre blocus, attaques ciblées, crise humanitaire et tensions politiques, le pays doit trouver une issue urgente pour éviter un effondrement total.



