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Bénin : une tentative de coup d’État déjouée à Cotonou

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Bénin : une tentative de coup d’État déjouée à Cotonou

Des échanges de tirs ont retenti dans la capitale économique, tandis que des militaires bloquaient l’accès au palais présidentiel.


Les autorités béninoises ont annoncé dimanche avoir déjoué une tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon. Ce dernier a rassuré la population en déclarant que la situation était « totalement sous contrôle ». La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prévoit d’envoyer un soutien militaire pour renforcer la stabilité du pays.

Cette opération survient à quelques mois de la fin du mandat de Patrice Talon, après deux périodes présidentielles marquées par une croissance économique notable, mais aussi par des tensions sécuritaires dans le nord du Bénin, où la menace djihadiste persiste.

L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique marquée depuis le début des années 2020, avec des coups d’État au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée et, plus récemment, en Guinée-Bissau, pays frontalier du Bénin.

Dimanche matin, des militaires ont fait irruption sur les écrans de la télévision nationale pour annoncer le renversement du président Talon, évoquant une « dégradation de la situation sécuritaire » et des atteintes aux « libertés fondamentales ». Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a pris la parole à son tour pour confirmer l’échec de cette tentative de putsch.

Le président Talon a réagi en fin de journée lors d’une allocution nationale, réaffirmant que « la situation était sous contrôle » et promettant le maintien de « la sécurité et de l’ordre public » sur l’ensemble du territoire. Il a également menacé de poursuites les instigateurs de cette « forfaiture » et salué l’action des militaires de la garde républicaine.

« Cette tentative ne restera pas impunie », a-t-il déclaré.

La France, ancienne puissance coloniale, a condamné fermement cette tentative de coup d’État et a appelé ses ressortissants à éviter tout déplacement non essentiel et à se confiner en raison d’un « contexte toujours volatile ».

Dès dimanche soir, la capitale économique, Cotonou, s’est vidée plus tôt que d’habitude, tandis que des barrages militaires renforçaient la surveillance autour du palais présidentiel et du camp militaire de Guézo.

« Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui se cache derrière cette tentative de coup d’État », confie Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans, interrogée par l’Agence France-Presse.

Nabil Sacca, un vendeur d’essence proche du palais présidentiel, raconte avoir entendu des tirs dans la matinée et avoir fui son quartier par crainte pour sa sécurité.

Soutien militaire de la CEDEAO

Selon des sources sécuritaires, une douzaine de soldats ont été arrêtés, dont certains seraient impliqués dans cette tentative de putsch. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, potentiel meneur des mutins, n’a cependant pas été mentionné dans les rapports.

En fin d’après-midi, l’aviation nigériane a mené des frappes aériennes à Cotonou dans le cadre des protocoles de la CEDEAO, a annoncé le général Ehimen Ejodamen, porte-parole de l’armée de l’air nigériane, sans préciser les objectifs visés.

La CEDEAO a ensuite confirmé le « déploiement immédiat » de troupes provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir l’armée béninoise et « préserver l’ordre constitutionnel ».

La Force en attente de la CEDEAO, chargée de garantir la paix et la stabilité régionale, s’est déjà illustrée en Gambie en 2017 pour faire respecter la volonté électorale. En revanche, elle n’est pas intervenue lors du coup d’État au Niger en 2023.

L’Union africaine a également réagi en condamnant « fermement et sans équivoque » cette tentative de déstabilisation.

Le Bénin a connu plusieurs coups d’État dans son histoire, mais le dernier remonte à 1972. « Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu à l’époque », confie Remy Agblo, un commerçant de Cotonou. « Heureusement que cette tentative a été déjouée ».

Patrice Talon, en fonction depuis 2016, achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution. Son successeur désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est considéré comme le favori pour l’élection présidentielle d’avril 2026, d’autant que le principal parti d’opposition a été écarté de la course.

« Il y a une tension palpable dans le pays depuis des mois, notamment en raison des tensions autour des élections », explique Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou. Il dénonce « l’exclusion » de certains acteurs du processus électoral.

Bien que reconnu pour ses avancées économiques, Patrice Talon est critiqué pour son autoritarisme croissant dans un pays autrefois salué pour sa démocratie dynamique.