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Bamako : la démolition du site de Faladiè laisse des centaines de familles sans abri

À la périphérie de Bamako, le paysage urbain a radicalement changé ce dimanche 19 avril. Les bulldozers ont réduit en miettes le célèbre marché à bétail de Faladiè, une opération de démolition qui plonge désormais des centaines de familles dans un dénuement total.

Cette intervention musclée découle d’une directive gouvernementale datant de septembre 2024. Suite aux incursions terroristes du Jnim ayant ciblé l’école de gendarmerie et divers points stratégiques de la capitale, les autorités du Mali ont ordonné la délocalisation des marchés aux bestiaux. Ces sites étaient suspectés de servir de zones de repli pour des éléments djihadistes. Cependant, le « garbal » de Faladiè n’était pas qu’un simple lieu de commerce : il servait de refuge à de nombreux déplacés internes, venus principalement du centre du pays. Aujourd’hui, ces populations se retrouvent à nouveau sans toit.

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« Voilà six ans que nous avons dû abandonner notre village », confie Dado, une mère de famille d’une quarantaine d’années. Originaire du cercle de Bankass, elle avait fui les atrocités de la guerre en 2020 pour chercher protection dans la capitale.

Un sentiment d’insécurité malgré l’exil

« Nous sommes sept au total : ma mère, mes deux filles et mes trois fils. C’est la violence du conflit qui nous a poussés vers Bamako. Nous étions convaincus d’y avoir trouvé un havre de paix », explique-t-elle avec amertume.

Comme Dado, environ 300 foyers installés dans ce camp de fortune sont désormais sans logis. Plus de 2 000 personnes, majoritairement des femmes et des jeunes enfants, errent au milieu des décombres. Privées de nourriture et d’accès aux soins de base, elles font face à une précarité extrême sur un terrain dévasté.

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L’impasse de la relocalisation à Sanankoroba

Sur le papier, les déplacés de Faladiè sont censés rejoindre Sanankoroba, une localité située à 35 kilomètres de Bamako. L’État y a prévu un espace d’accueil, mais la réalité sur le terrain semble différente. Plusieurs acteurs du secteur du bétail décrivent ce nouveau site comme étant totalement inopérant pour le moment.

Désorientée, Dado n’aspire plus qu’à une chose : obtenir un abri décent pour les siens.

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« On nous demande de partir, et nous nous plions à cette décision, car nous n’avons aucune alternative. Mais nous implorons les autorités de nous désigner un véritable lieu de chute », plaide-t-elle.

Un autre déplacé souligne l’urgence de la situation : « C’est la peur des combats qui nous a menés ici. Pour survivre, nous récupérions des déchets alimentaires pour les revendre aux éleveurs. Désormais, l’eau et la nourriture manquent, mais le besoin d’un toit reste la priorité absolue. Sans domicile, on ne peut rien construire. »

Établi en 2019, ce camp informel bénéficiait jusqu’alors de l’appui de diverses ONG et de la Direction nationale du développement social. Contactée, cette dernière institution a indiqué qu’il était encore prématuré de dresser un bilan ou de s’exprimer officiellement sur l’avenir de ces familles expulsées.