Politique

Badara gadiaga dénonce la gestion des fonds de la primature par sonko

La gestion des enveloppes financières allouées à la Primature du Sénégal fait aujourd’hui l’objet d’un vif débat. Le chroniqueur Badara Gadiaga a récemment pointé du doigt ce qu’il qualifie de dérive budgétaire dans l’utilisation des fonds discrétionnaires attribués au chef du gouvernement. Ses révélations, relayées sur une chaîne locale dakaroise, révèlent un écart saisissant : sur une enveloppe initiale de 1,77 milliard de francs CFA, seulement 70 millions auraient été laissés à son successeur par le Premier ministre Ousmane Sonko.

Une gestion contestée des ressources publiques

Ce mécanisme financier, spécifique aux gouvernements sénégalais, soulève des questions récurrentes sur sa transparence. Les fonds de la Primature, distincts des budgets classiques, servent à financer des dépenses de souveraineté et des interventions stratégiques non soumises au contrôle parlementaire. Leur opacité nourrit les critiques, d’autant que leur utilisation échappe souvent aux vérifications habituelles de la Cour des comptes.

En accusant ouvertement Ousmane Sonko, leader du parti Pastef et figure majeure de la coalition au pouvoir depuis mars 2024, Badara Gadiaga cible directement le cœur de l’exécutif. Le ratio entre la dotation initiale et le solde transmis (1,77 milliard contre 70 millions) interroge : une telle différence suggère une mobilisation massive des crédits avant le départ du Premier ministre. Le chroniqueur y voit la preuve d’une gestion hâtive, peu alignée sur les promesses de sobriété affichées par les nouvelles autorités.

La transparence budgétaire au cœur des tensions politiques

Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large de revendications pour une meilleure gouvernance financière au Sénégal. Depuis des années, la société civile et certains acteurs politiques exigent une réforme des fonds spéciaux et des dotations discrétionnaires, à l’image des pratiques en vigueur dans d’autres pays de la sous-région. Le Forum civil et d’autres organisations de contrôle citoyen plaident pour un encadrement strict de ces dispositifs, souvent pointés du doigt pour leur manque de rigueur comptable.

Pourtant, les rapports de la Cour des comptes, seule instance habilitée à auditer ces flux, restent rares et peu détaillés sur les enveloppes de la Primature. Si les accusations de Badara Gadiaga se confirmaient, elles révéleraient un écart préoccupant entre les discours de rupture portés par le tandem Diomaye FayeOusmane Sonko pendant la campagne et la réalité des pratiques gouvernementales. Elles soulèveraient également des interrogations sur l’efficacité des contrôles internes lors de la transition politique.

Un enjeu politique dans une période de recomposition

La sortie de Badara Gadiaga intervient à un moment charnière pour la scène politique sénégalaise. Depuis le remaniement ministériel et la nomination d’un nouveau Premier ministre, chaque déclaration est analysée sous l’angle des rapports de force. Les tensions au sein de la majorité, couplées aux stratégies de l’opposition en quête de regain, amplifient la portée de cette polémique.

Les détracteurs d’Ousmane Sonko y voient une confirmation de leurs soupçons : l’accumulation de ressources financières avant son départ de la Primature. De son côté, l’entourage de l’ancien chef du gouvernement pourrait justifier ces dépenses par la nécessité de préparer des échéances politiques ou administratives, ou encore par le fonctionnement courant des cabinets. Sans publication des justificatifs financiers, le débat risque de s’enliser dans une confrontation rhétorique, dépourvue de preuves tangibles.

Face à cette impasse, la demande d’un audit indépendant gagne en audience. Si la controverse persiste, elle pourrait forcer les autorités à rendre des comptes et à clarifier l’usage de ces fonds sensibles. Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a été apportée par les services de la Primature.