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Auguste Miremont : l’héritage politique d’Houphouët-Boigny vu par un ministre ivoirien

Ancien ministre de la Communication et directeur général de Fraternité Matin, Auguste Miremont, figure historique de la vie politique ivoirienne, s’exprime sans détour sur près de six décennies d’histoire nationale. À l’occasion de la publication d’un ouvrage retraçant son parcours, il partage son analyse unique sur les présidents Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara, tout en évoquant les moments clés qui ont marqué la Côte d’Ivoire.

Un livre pour transmettre l’histoire ivoirienne

Auguste Miremont, 85 ans, a longtemps hésité avant d’accepter de livrer son récit. L’auteur Michel Koffi a dû convaincre cet homme discret de s’ouvrir sur son expérience. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un exercice de glorification personnelle, mais d’une transmission à destination des générations futures. Le titre du livre, « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », reflète cette volonté de partager une vision libre et authentique de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.

Les entretiens, qui ont duré près de 30 heures, ont permis de couvrir des sujets variés : les crises politiques sous Houphouët-Boigny, la transition entre Bédié et Ouattara, ou encore les enjeux économiques et sociaux du pays. Miremont, ancien journaliste, a même corrigé certaines retranscriptions, gardant l’esprit critique qui l’a toujours caractérisé.

Houphouët-Boigny : l’art de la gestion des crises

Pour Auguste Miremont, Félix Houphouët-Boigny a marqué l’histoire ivoirienne par son génie politique. Sous sa présidence, la Côte d’Ivoire a connu une stabilité remarquable, malgré des tensions internes et sociales. Son talent résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et agir au bon moment. « Il savait apaiser les conflits avant qu’ils n’éclatent », confie l’ancien ministre.

Miremont, qui a été son ministre de la Communication et responsable de Fraternité Matin, souligne que Houphouët-Boigny avait un profond respect pour ceux qui osaient dire ce qu’ils pensaient, sans pour autant chercher à plaire. Une qualité rare dans le paysage politique africain de l’époque.

Des relations marquées par l’honnêteté

Contrairement à certaines idées reçues, Auguste Miremont n’a jamais bénéficié d’un traitement de faveur en raison de ses origines. Houphouët-Boigny l’appelait même « De Miremont », un surnom qui reflétait selon lui son attachement à l’histoire et aux figures de la Côte d’Ivoire. « Je ne pense pas qu’il se trompait en m’appelant ainsi », confie-t-il avec une pointe d’humilité.

Alassane Ouattara : l’élève le plus appliqué d’Houphouët-Boigny ?

Si Auguste Miremont reconnaît que chaque président a son style, il estime que Alassane Ouattara est celui qui a le plus intégré la philosophie politique de Houphouët-Boigny : patience, écoute et réactivité. « Il a hérité de son doigté et de sa capacité à temporiser », explique-t-il. Cependant, Miremont note une différence majeure : Ouattara, en tant que Premier ministre, était d’une fermeté implacable avec ses collaborateurs, n’hésitant pas à sanctionner les erreurs dès le lendemain. Une rigueur qui a permis de redresser l’économie ivoirienne.

L’ancien ministre évoque également la courtoisie et l’attention d’Alassane Ouattara envers ses collaborateurs. « Quand on lui passait un coup de fil et qu’il ne pouvait répondre immédiatement, sa secrétaire nous rappelait dans la demi-heure pour savoir de quoi il s’agissait. C’est une attitude qui m’a beaucoup marqué », raconte-t-il.

Les moments douloureux de l’histoire ivoirienne

Miremont avoue avoir été profondément affecté par le coup d’État de 1999 contre Henri Konan Bédié, ainsi que par les violences qui ont suivi. « Voir la Côte d’Ivoire basculer de cette manière m’a profondément peiné. Nous avions construit un pays stable, respecté, capable d’aider les autres. Et tout à coup, nous devenions un sujet d’inquiétude », se souvient-il.

Il évoque aussi ses relations avec d’autres figures politiques, comme Robert Guéï, qu’il connaissait personnellement, ou Laurent Gbagbo, avec qui il a collaboré lors de négociations parlementaires. « Gbagbo a toujours eu à cœur de rassembler les forces politiques pour soutenir l’économie du pays », souligne-t-il.

Un regard sur l’après-Ouattara

Auguste Miremont reste admiratif des réalisations d’Alassane Ouattara, notamment dans les domaines des infrastructures et de l’éducation. « Quand on voit les hôpitaux, les universités et les routes construits ces dernières années, on comprend qu’il y a une dynamique réelle », déclare-t-il. Il reconnaît cependant que des défis persistent, comme la cherté de la vie et la pauvreté, mais salue les efforts du gouvernement pour y remédier, notamment à travers les filets sociaux et les programmes de formation professionnelle.

Pour lui, la Côte d’Ivoire n’est pas encore prête pour une succession : « Il vient à peine de commencer son nouveau mandat, il faut lui laisser le temps de le terminer. Son ambition reste de construire une Côte d’Ivoire unie, solidaire et prospère. »