Politique

Alliance du Sahel : le mystère de la place vide de Niamey à la rencontre Goïta-Traoré

Une visite diplomatique sous haute tension

Ce jeudi 5 novembre 2026, les projecteurs se braquent sur Ouagadougou, où le général malien Assimi Goïta est attendu pour un sommet bilatéral avec son homologue burkinabè Ibrahim Traoré. Pourtant, derrière les sourires protocolaires et les discours sur la coopération sahélienne, une question cruciale reste sans réponse : où était donc le président nigérien Abdourahamane Tiani ?

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L’AES entre apparences et réalités

L’Alliance des États du Sahel (AES), devenue Confédération en juillet 2024, avait pour ambition de sceller une union indéfectible entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Pourtant, cette visite sans le troisième partenaire historique soulève des doutes sur l’effectivité de cette coopération. Même si les échanges entre Bamako et Ouagadougou progressent, l’absence de Niamey interroge : et si cette rencontre reflétait des divergences plus profondes ?

Un sommet bilatéral qui en dit long

Officiellement, cette visite s’inscrit dans un cadre strictement bilatéral. Pourtant, le choix de cette date et de ce format ne peut échapper à l’actualité régionale. Les trois pays de l’AES clament leur attachement à une coordination renforcée, notamment face aux défis sécuritaires qui menacent leurs frontières. Mais quand deux des trois membres se réunissent sans le troisième, la symbolique prend le pas sur les mots.

Le Niger, toujours dans la boucle ou en marge ?

Contrairement aux interprétations hâtives, l’absence d’Abdourahamane Tiani ne signifie pas un divorce au sein de l’AES. Quelques semaines plus tôt, à la mi-octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères des trois pays s’étaient retrouvés à Ouagadougou pour consolider leur collaboration. Une preuve, s’il en fallait, que les canaux de dialogue restent ouverts. Pourtant, une nuance s’impose : si les échanges techniques persistent, les sommets politiques trilatéraux se font rares.

Les enjeux cachés derrière le manque de Niamey

Cette rencontre entre Goïta et Traoré n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où la pression sécuritaire s’intensifie aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Les groupes armés profitent des failles dans la coordination régionale, et les trois États peinent à aligner leurs stratégies militaires. Une alliance digne de ce nom exige une unité d’action, pas seulement une solidarité de façade.

Sécurité et souveraineté : le duo Bamako-Ouagadougou peut-il suffire ?

Sur le terrain, les défis sont partagés : insécurité transfrontalière, pression des groupes djihadistes, et besoin de souveraineté face aux partenaires internationaux. Pourtant, une coopération à deux ne peut remplacer une vision commune à trois. Si les échanges bilatéraux renforcent les liens, ils ne suffisent pas à garantir la cohésion de l’AES. La visite de Goïta à Ouagadougou doit donc être analysée à l’aune de cette équation : peut-on sécuriser le Sahel sans le Niger ?

Diplomatie et image : un message envoyé à qui ?

Au-delà des questions stratégiques, cette absence pourrait envoyer un signal à l’extérieur. L’AES se veut un bloc unifié face aux influences étrangères, mais une alliance qui exclut l’un de ses membres donne une image de fragilité. Les partenaires internationaux, comme les adversaires régionaux, guetteront les suites de cette rencontre. Une concertation ultérieure avec Niamey sera-t-elle organisée, ou cette visite marque-t-elle un tournant vers une coopération plus limitée ?

L’AES à la croisée des chemins

L’Alliance des États du Sahel n’est pas morte, mais elle vacille. L’absence du Niger à cette rencontre rappelle une vérité simple : une confédération ne se décrète pas, elle se construit au quotidien. Les dirigeants de Bamako et Ouagadougou ont des motifs légitimes pour renforcer leurs liens, mais leur projet commun ne prendra tout son sens que si Niamey y participe pleinement.

À l’heure où les défis sécuritaires et économiques s’accumulent, l’AES doit prouver qu’elle est plus qu’une alliance de papier. La visite de Goïta à Ouagadougou en offre une occasion rêvée : transformer cette rencontre en tremplin pour une concertation trilatérale. Reste à savoir si les deux présidents sauront en faire une étape vers une unité retrouvée.

Ce que cette visite révèle sur l’avenir du Sahel

Cette séquence diplomatique, bien que bilatérale, dessine les contours d’une réalité plus large. L’AES, conçue comme un rempart contre l’instabilité, doit aujourd’hui faire face à ses propres contradictions. Entre la nécessaire coopération militaire et les rivalités d’ego, le trio sahélien doit choisir : privilégier des alliances limitées ou réaffirmer son unité au grand jour.

Les prochains jours seront décisifs. Si les conclusions de cette visite font l’objet d’échanges avec Niamey, l’AES pourra encore compter sur une légitimité renforcée. En revanche, si le silence persiste, la Confédération du Sahel risquera de devenir le symbole d’une coopération à éclipses, où les déclarations d’intentions peinent à se traduire dans les faits.

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Mariam Sidibé
Journaliste