Le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, a enchaîné deux rendez-vous de poids au palais présidentiel d’Abidjan. Il a successivement reçu Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, puis Philippe Van De Vyvère, dirigeant du groupe maritime belge Sea-Invest. Ces entretiens traduisent la double ambition qu’Ouattara souhaite insuffler à son nouveau mandat : renforcer les liens avec les institutions multilatérales et attirer davantage d’investissements privés européens dans les infrastructures portuaires du pays.
Un partenariat renforcé avec la banque mondiale
La rencontre avec Ousmane Diagana s’inscrit dans la continuité d’une coopération cruciale pour le financement du développement ivoirien. La Banque mondiale détient en Côte d’Ivoire l’un de ses plus importants portefeuilles de la sous-région, avec des projets dans l’éducation, la protection sociale, les infrastructures rurales et l’adaptation au changement climatique. Cette visite du responsable mauritanien intervient alors qu’Abidjan négocie les contours de ses prochains appuis budgétaires, dans un contexte régional où les conditions de financement se durcissent.
Pour le gouvernement, ce rendez-vous a également une portée politique forte. Il envoie un signal clair aux marchés et aux partenaires bilatéraux : l’économie ivoirienne reste alignée sur les standards des institutions de Bretton Woods, alors que plusieurs pays voisins ont pris leurs distances avec ces dernières. Première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Côte d’Ivoire connaît une croissance soutenue, mais doit gérer une pression budgétaire croissante liée au remboursement de sa dette et au financement de grands projets d’infrastructure.
Sea-Invest et la compétition pour les ports atlantiques
L’audience accordée à Philippe Van De Vyvère répond à une logique différente mais complémentaire. Sea-Invest, groupe belge, est l’un des principaux opérateurs portuaires privés en Afrique de l’Ouest et du Centre, avec des implantations au Sénégal, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. Son intérêt pour Abidjan s’explique par la croissance des trafics de conteneurs et de vrac qui transitent par le port autonome, une plateforme essentielle pour le commerce extérieur ivoirien et une part importante du fret destiné au Mali et au Burkina Faso.
La concurrence est rude dans ce secteur. Le philippin ICTSI, le français AGL (ex-Bolloré Africa Logistics, désormais sous pavillon MSC) et le danois APM Terminals se disputent les concessions portuaires du golfe de Guinée. Dans ce contexte, le renforcement d’un acteur européen indépendant comme Sea-Invest offre à Abidjan une diversification bienvenue, tant économique que géopolitique. Les autorités ivoiriennes souhaitent éviter une dépendance excessive envers un seul opérateur, alors que les volumes traités à San Pedro et à Abidjan augmentent chaque année.
Une diplomatie économique à deux volets
Ces deux audiences, tenues à quelques heures d’intervalle, illustrent la stratégie diplomatique du palais présidentiel ivoirien : mobiliser à la fois le multilatéral concessionnel et le capital privé européen. Cette articulation est d’autant plus stratégique que la Côte d’Ivoire entre dans un cycle politique post-électoral, où la crédibilité internationale et l’attractivité économique sont deux piliers de la stabilité recherchée par l’exécutif.
Aucun montant d’engagement n’a été rendu public à l’issue de ces rencontres. Cependant, cette séquence confirme la volonté de l’administration Ouattara de maintenir un dialogue permanent avec les bailleurs de fonds structurants et les industriels susceptibles d’investir dans les infrastructures de transport. Reste à voir comment ces signaux se concrétiseront dans le projet de loi de finances et dans le calendrier des futures concessions portuaires.



